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CENDRECOEUR ❆ bring light back home

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MessageSujet: CENDRECOEUR ❆ bring light back home Sam 27 Oct - 14:46

    Message de bienvenue présentant le projet que je ferai quand j'aurai moins la flemme OwO




MUSIQUE ♫

MÉRITE, BRAVOURE & FRATERNITÉ. Dans un monde ressemblant au nôtre s'il était plongé dans l'anarchie et le crime, Sagitta a toujours vécu dans la province oppressante de Nottarheim. Lorsque son cousin reçoit une lettre de la part de l'Inquisition qui le conscrit à faire partie de la nouvelle génération, elle n'hésite pas une seconde à devenir candidate, s'arrachant du même coup à sa vie vouée à une mort futile et éphémère. Trois épreuves mortelles attendent les jeunes postulants, et seuls les derniers survivants auront une chance d'acquérir le titre si convoité, obtenant richesse, célébrité et pouvoir. Mais peut-on rester humain lorsque tout ce qui nous entoure est destiné à nous traîner au plus profond des enfers?
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Artémis
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MessageSujet: Re: CENDRECOEUR ❆ bring light back home Sam 27 Oct - 14:48

PARTIE UN : MÉRITE
PROLOGUE




MUSIQUE ♫

Froid. Il fait froid. C'est la seule chose qui résonne dans ta tête, tournant sans cesse dans tes pensées tel le plus insidieux ouroboros. Seul le vent glacial souffle à tes oreilles, et tu tentes de survivre à ce harcèlement naturel avec le peu de choses dont tu disposes, à savoir tes mains et ce stupide cargo qui ne protège même pas de la pluie. Au moins, il est stylé. À part l'emblème de l'Inquisition brodé sur le revers gauche, tu aurais presque eu du plaisir à le porter. En temps normal. Pas en haut de la plus haute montagne des Appalaches, face au vide et mordu par la tumulte du borée entêtée à te refiler le rhume.

À chaque année c'est la même chose. Depuis ton couronnement, il y a maintenant sept ans, tu dois accompagner ce stupide zeppelin jusqu'à Olympia pour ensuite repartir avec une cinquantaine de jeunes convoitant ton travail ridicule. Tu en faisais partie, avant. Tu rêvais de grandeur, de puissance. Tu espérais que ça rapporterait de l'argent à ta famille, tu espérais être enfin heureux. Certes, tu es souriant. Blagueur. Certains t'appellent le Fou, même. Tu as peut-être pété un câble, c'est vrai. Rares sont les Paladins à l'allure aussi cynique et excentrique que toi. Cependant, tu n'es pas fou.

Tu as peur, à vrai dire. Demain, tu seras à la capitale, attendant les futures recrues prêtes à se faire cueillir par le bras squelettique de la mort pendant que tu enseigneras à l'une d'elles comment se servir d'un arc et survivre, tout en ayant l'interdiction formelle de dire quoi que ce soit à propos des épreuves. Et surtout, surtout, ne pas t'attacher, sous aucun prétexte, aux gamins. Ça ne sera pas trop compliqué, mais tu es tout de même inquiet. Ils ne reviendront pas, presque à coup sûr. Le Fou n'est pas un bon mentor.

- Meeka, tu penses que tu fiches quoi, là?

Tu te retournes, furibond, vers la provenance de la voix forte et bourrue qui ne t'inspire aucune sympathie. Un silence épineux se forme entre toi et ton supérieur, qui ne t'aime guère plus. Son éternelle prestance royale, ses yeux assassins et sa passion pour donner des ordres t'inspire une nausée continue.

- Je suis assis sur des caisses. J'ai tort?

Ton interlocuteur semble chercher que répondre, perdu. Étais-tu purement arrogant ou simplement débile? Il te jette un regard répugné, et avant qu'il ne puisse continuer sa phrase, tu te jettes en bas de ton perchoir, un peu plus haut que tu n'avais prévu. Le choc te fais un mal de chien, mais tu éclates de rire, conscient de la bizarrerie de la situation. Et puis la tête qu'a fait le commandant vaut de l'or.

- Arrête de faire l'idiot, ordonne-t-il d'un ton cassant. Rentre ces caisses dans le zeppelin.

- À vos ordres, réponds-tu en t'inclinant effrontément.

Vaut mieux écouter le chef. D'ordinaire, le pousser à bout t'amuses, mais aujourd'hui, tu te sens trop las. Tu n'as pas envie que le scénario habituel se reproduise. Tu as beau avoir sauvé quelques recrues, celles-ci sont devenues de simples pions, obéissant à toutes les règles, se pliant à toutes les décisions, aussi stupides fut-elles. Toi, on te laisse un peu de mou, on se dit que tu n'es qu'un attardé qui a besoin d'attention. Tu aimerais, pour une fois, sauver complètement un de ces jeunes, corps et âme. Pour une fois.

Tu ramasses l'une de ces caisses contenant probablement toute la bouffe que les gosses dévoreront pendant les trois semaines constituant les épreuves. Il est vrai que certains seront même plus vieux que toi, mais tu n'es pas capable de les visualiser comme des aînés. Peu importe leur âge, qu'ils aient les onze ans requis aux vingt-cinq maximum, ils auront toujours l'air d'enfants à tes yeux fatigués. Comme s'ils n'étaient pas encore accomplis. Avant de survivre, d'être changés. De devenir bizarres, comme toi, pour certains.

Tu ploies un peu sous le poids de la boîte, mais réussi à la caler contre le creux de tes épaules de façon stratégique, rendant ta position plus vivable. Tu contemples un instant le ciel, fasciné par les étoiles. Ta mère t'as souvent raconté de magnifiques légendes sur le ciel. Toutes les constellations, tu les connais, ainsi que leurs histoires. Comme la Grande Ourse. Tu te souviendras toujours de l'histoire du jeune Arcas, le jeune homme qui dû tuer sa mère. Orion, celui qui inspira ton choix d'arme de prédilection ainsi que ta profession, à la Tour, la seule qui te permette d'en sortir de temps en temps. Andromède, la fille d'une reine vaniteuse qui la condamna à mort pour souligner sa propre beauté. Ces contes ont peuplé ton enfance, et bercent ton âme à l'âge adulte, trop brisée pour survivre à temps plein dans un tel monde.

Le zeppelin titanesque se dévoile devant ton petit corps d'humain. Sa couleur rouge vin, typique de l'Inquisition, contraste avec le gris de la montagne rocheuse. L'emblème de l'organisation balafre le ballon tel un symbole d'espoir révolu, et une file insectoïde se déroule jusqu'à la porte de l'aéronef. Trois semaines dans ce truc. Comment est-ce que tu vas faire pour survivre? Certes, il y aura la télévision, et même d'alléchants coups à faire à tes semblables, mais pendant trois semaines, l'ennui attend toujours derrière la porte, et l'ennui, c'est la pire torture que tu puisses t'infliger. Rares sont les moments où rien ne te semble amusant à faire, mais ceux qui cognent à ta porte sont les plus dévastateurs. Tu as bien moins peur de tout ce qui se trouve dans les épreuves que de devoir passer une seule journée entière sans amusement.

Tu dévales la pente douce qui coule jusqu'à l'engin. Seigneur, ton chargement est bien plus lourd qu'il n'y paraissait. Tu commences à avoir mal aux épaules, membres bien entraînés pourtant avec le tir à l'arc. À peine arrivé qu'on te lance déjà des regards désapprobateurs. Tu devrais avoir l'uniforme, pas ce banal cargo que tu as réussi à obtenir et qui est cent fois mieux que leurs tenues carmin austères. On dirait presque que c'est l'un de ces manteaux offerts gratuitement par les camps de vacances. Mais tu t'en fiches. Leur opinion te passe des kilomètres au-dessus de la tête.

Les bras en feu, tu relâches ta cargaison comme une poupée sans intérêt sur le sol, dans un bruit sourd. Ankylosé par le froid et ta position finalement peu confortable, une douleur agaçante te paralyse les membres supérieurs. Tu détestes cet endroit. On se croirait en hiver même en plein été. Ils disent que c'est pour la protection de l'aéronef, ce qui est complètement stupide. Les Extérieurs, admettons qu'ils percent les murailles, ne savent même pas se servir d'une bicyclette, alors voler la merveille de l'Inquisition te semble un peu abusé.

De toute façon, tout cela importe peu. Demain, tu rencontreras probablement la majorité des futurs cadavres, dont le nombre croîtra pendant une semaine, avant que vous ne preniez tous le vol vers la première épreuve. Demain, il te faudra encadrer les carcasses qui peupleront le chemin et rejoindront ceux de tous les idiots qui ont tenté de rejoindre l'ordre. Demain sera un grand jour. Oui, demain.
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Artémis
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MessageSujet: Re: CENDRECOEUR ❆ bring light back home Mar 30 Oct - 11:33

pourriez-vous supprimer vos posts s'il vous plaît? What a Face

CHAPITRE UN; UN JOUR, NOUS SERONS ROIS



Je ne me suis jamais vraiment sentie en paix. Figée dans le temps, se délectant de chaque seconde, retenant presque ma respiration de peur de briser un morceau de la scène éblouissante qui s'offre à mes yeux. Je n'aurais jamais cru l'expérimenter, encore moins aujourd'hui. J'ai toujours vécu dans la plus grande hâte, dans l'excitation tempétueuse de la jeunesse, ne m'arrêtant que pour mieux exaspérer mes aînés. C'est pourquoi à cet instant précis, alors que je baigne dans la profonde lumière orangée de l'un des plus beaux couchers de soleil qu'il m'ait été donné de vivre, je ne pense plus à rien. Les jambes ramenées vers la poitrine, les yeux mi-clos, je contemple le lac à son heure la plus tranquille, entre mes trois meilleurs amis dans ce bas monde.

À ma gauche, un petit feu de bois. Rien de prétentieux ni d'impressionnant, juste la chaleur nécessaire pour être ressentie et le crépitement réconfortant. Son odeur, mêlée à celle des sapins qui bordent la plage de sable humide, m'est synonyme de vie, de joie, d'apaisement. Je ne compte plus les jours depuis celui où j'ai fait mon premier feu. Plus qu'un talent, c'est un véritable plaisir que de celui de voir naître cette quasi forme de vie, chantant, dansant et étant l'un des meilleurs amis de l'homme depuis Prométhée. À vrai dire, je crois que c'est le seul talent qui me soit un tant soit peu utile. Je ne peux apprendre à chasser, étant encore trop jeune, et l'étude des plantes pour la cueillette m'ennuie royalement. J'ai réussi à me tailler une petite place au village en réchauffant les familles lors de nos hivers réputés pour être les plus glacials de tout le Saint-Empire.

Dans mon dos, ma guitare. Je ne suis pas particulièrement douée, mais je me débrouille plutôt bien. Mon frère dit que j'ai une voix de canard, mais c'est mon frère, après tout. Ma mère quant à elle proclame que j'ai la voix d'une déesse, mais encore une fois, c'est ma mère. Je me contente de fredonner pour le plaisir ou pour le Chant Personnel, mélodie prononcée à la base par les algonquins dont la tradition a réussi à perdurer jusqu'à la province de Nottarheim, consistant à improviser une mélopée sur le rêve de la nuit précédente. Ça m'amuse. Les ancêtres préfèrent également, étant donné que c'est soit cela soit je me mets à faire les quatre cent coups.

Finalement, à ma droite, probablement le plus précieux de tous; Aloysius, mon cousin. Bien plus qu'un simple lien de sang, une véritable fraternité nous unie, encore plus forte qu'à nos frères et sœurs respectifs. D'autant que je ne me souvienne, il a toujours été là pour moi. Et vice-versa. Alors que je joue le rôle du clown débile se prenant pour une héroïne, lui a toujours semblé plus effacé, plus distant. Avec raison, je pense. Il est des rares jeunes hommes de dix-huit ans à avoir vécu une telle histoire. Je me contente d'essayer de le faire sourire autant que je le peux, car chacun de ses sourires est comme un baume sur mon cœur. Ses yeux bleus sont en ce moment teintés de flammes alors qu'il admire le spectacle céleste. Je crois qu'il remarque le regard bizarre que je lui envoie, car il m'adresse un rictus narquois.

- Quoi? demande-t-il timidement.

- Rien. Juste… J’aimerais que ça ne termine jamais.

Après, nous allons devoir retourner à nos familles respectives, replonger dans la réalité crue. Je n’ai pas envie. Je n’ai pas envie de rien, en fait. Pas même de me mêler au reste de nos amis, tout de même nombreux. J’ai juste envie d’être ici, maintenant, devant un spectacle qui je le souhaite restera gravé dans nos mémoires encore jeunes. Le pire, cependant, c'est le document qui se trouve en ce moment dans nos boîtes aux lettres. Étampé sur le revers de l'enveloppe d'un brun douteux, frappé du sceau de l'Inquisition, notre nom en lettres rouges énormes défend quiconque tenterait de l'ouvrir à notre place d'assouvir son désir. Je n'ai pas peur pour moi. Je ne risque rien avant la majorité, bien entendu. Mais Aloysius, qui l'a atteinte en Janvier, est sujet à une possible conscription, surtout en étant célibataire comme présentement. C'est la loi en temps d'affrontements, et elle n'a pas changé depuis les plus anciennes guerres de Spartes. Bien sûr, il y a des nuances. Les Spartiates allaient directement se faire charcuter à la guerre, alors que nos conscrits passent trois épreuves dont la nature est gardée ultra-secrète pour ensuite devenir unités d'élite: les Paladins, aussi appelés Inquisiteurs ou Templiers. Lorsqu'ils reviennent. La plupart ne font que disparaître au cours du processus, et ce qu'il reste d'eux n'est qu'une lettre simple et décorée du même sceau ecclésiastique qui a emmené le jeune soulignant à la famille les sincères condoléances de l'Église pour la perte de leur enfant, ainsi qu'une modeste somme de compensation.

- Moi de même, souffle mon cousin.

Je me tire de mes rêveries. J'avais presque oublié notre conversation, et il me prend un petit temps de retard pour me remémorer de toute la situation. Un classique. Je suis incapable de rester concentrée plus de quelques secondes, et ce depuis toujours. Il me semble, en tout cas, bien que les symptômes - car c'en ai presque une maladie et que je le vois comme tel - soient apparus vers mon entrée à l'école. À l'époque, je me croyais encore que l'Empereur subventionnait nos services publiques, avant que je ne comprenne que le système de civilisation m'était que chimères. Il me fait bizarre désormais de penser que nos caravanes puissent être villes et que nous n'eusses besoin de nous défendre à coups de carabine et de flèches contre les barbares. Un peu comme si mon âme d'enfant s'était accrochée à l'idée d'un monde stable et sécuritaire alors que nous devons chaque été éviter de nous voir écrasés par les bandits affamés trop stupides pour apprendre l'art de la chasse, inculqué chez nos nouvelles générations depuis leurs premiers jours.

Notre situation n'est pas très différente d'ailleurs. Dans toutes les terres à l'intérieur du Mur, du Nottarheim où je suis née et j'ai grandis au Misbay dans le Sud, des villages plus ou moins enracinés tentant de survivre aux hivers dont la sauvagerie varie et aux brutes de grands chemins dont la pingrerie reste constante. Heureusement, notre hiver impitoyable diminue le nombre de bandits, mais il reste le problème le plus grave de l'intra-mur, presque aussi tueur et insidieux que la famine. Ça explique pourquoi nous sommes considérés comme un peuple fort, résistant, sauvage, et surtout détesté par tous les autres par notre capacité presque naturelle à nous battre pour notre survie, par opposition aux Highfielders, qui vivent paisiblement de l'agriculture. Nous sommes les hommes du Nord, caractérisés par leurs yeux bleus et en amande, aux longs cils très noirs.

- Tu as peur? me demande Aloysius. Pour la conscription, je veux dire.

- Je ne risque rien, soufflé-je. Et puis, je n'ai jamais peur.

C'est faux, naturellement. Je suis cependant bien trop orgueilleuse pour le laisser paraître, et sembler faible me semble aussi attrayant que de me faire dévorer par une nuée de cafards. Je suis forte. Forte comme les Appalaches, aussi dure et imposante que le roc des montagnes, malgré ma taille infirme. Comparée à la majorité des habitants des contrées nordiques, je suis terriblement petite, probablement un complexe me poussant à me donner des airs de dure. Avec ma corpulence famélique, mon faciès d'elfe et mon nez en trompette constellé de taches de rousseur, je manque décidément de crédibilité lorsque je menace un ennemi, chose qui m'insulte au plus haut point. Je n'ai rien d'intimidant. Malgré mes seize ans, j'en ai l'air de tout juste quatorze. Une question venue de nulle part me prend soudainement :

- Aloysius..?

- Oui? répond-t-il.

- Si jamais tu es conscrit...

- Pitié, ne parlons pas de ça.

-J'y tiens. Si tu es conscrit, tu feras tout pour rentrer, dis?

- Je sais ce que tu veux dire, mais il faudrait être roi pour changer comment ça fonctionne. Je ne pourrais pas m'enfuir. Il me faudrait... accepter mon sort.

Silence.

- Un jour, déclaré-je, nous serons rois.

Mes mots déchirent un instant les habituels sons de la forêt; seul le bruit cristallin des vaguelettes sur le bord du lac s'étendant sur la petite plage de sable brun et humide résonne, dernier instrument d'une vie sauvage mystérieuse face à nous. J'ai l'impression que nous sommes éternels, figés dans le temps éphémère. Nous n'existons plus, et pourtant, c'est dans cette inexistence que je me sens la plus vraie. La plus importante. Autant qu'insignifiante. Un tel paradoxe me donne déjà un mal de tête désagréable, si bien que je finis par briser l'atmosphère éthérée:

- Bon! Il faudrait penser à y aller.

Une moue déçue sur le visage de mon cousin me fait éclater d'un rire aigu, qu'il rejoint, en réalité incertain de ce qui est si drôle. Je crois surtout que je suis fatiguée, et -pourquoi le cacher?- nerveuse au sujet de la fameuse lettre. J'embrasse une dernière fois le paysage du regard avant de me dresser comme un piquet, prête pour le départ, passant une main dans mes cheveux d'un noir d'ébène pour me dégager la vue. Mon cousin se met droit devant moi, me surplombant d'une bonne tête.

- Je vais devoir passer par la boutique, il faut que j'attrape quelques affaires.

J'acquiesce en silence, puis nous suivons le chemin qui dirige vers la grand-place, quartier presque exclusivement marchand où la bourgeoisie d'affaires et les basses-gens viennent tenter de vendre tout ce qu'ils ont pour soit s'enrichir encore plus qu'ils ne le sont déjà, soit survivre à la saison froide qui s'en vient peu à peu. On remarque déjà les arbres tourner tranquillement au rouge vif et à l'or pur.


Nous arrivons quelques minutes plus tard devant le petit village qui a constitué toute notre vie. Le ciel entre chiens et loups, teintant les dernières couleurs du gris caractéristique de l'heure juste avant la nuit. Les maisons miteuses sont les unes par-dessus les autres, agencement à la fois chaleureux et inquiétant de havres plus ou moins accueillants. Monté sur le dernier terrain plat avant les falaises qui tombent sur la baie, Saint-Ever a toujours été le seul décor que j'ai vu. Certes, j'ai quelques fois voyagé, mon père étant un amateur d'aventures de toutes sortes m'ayant inspiré toute ma vie, mais ce hameau est le seul et unique endroit où je me sens chez moi. Ailleurs, c'est différent. Souvent vachement plus dangereux. Heureusement, le village est entouré des bras sylvestres d'une épaisse forêt, et vers le Sud, de grandes collines, ce qui lui donne un aspect sécuritaire, protégé. Le lac d'où nous venons est situé à la jonction entre les bois et les collines, là où l'élévation du terrain reste vague et où nous avons l'une des meilleures vues de la province.

Nous passons tout d'abord par la Grand-Place où mon cousin tiens depuis quelques années une petite boutique de filets. Saint-Ever étant construit de façon à rejoindre la partie la plus large du fleuve Lawrence, la pêche et la récolte de produits marins est certainement l'activité qui fait le mieux rouler l'économie du coin, malgré les immenses espaces sylvains permettant la culture des produits de l'érable, la chasse et la coupe du bois. C'est ainsi qu'Aloysius réussit à gagner sa vie pour l'instant, vendant les résultats de ses tissages tous plus somptueux, solides et utiles les uns des autres. Tout le monde s'accorde pour dire qu'il possède des doigts de fée, les plus fins et agiles de tout le Nottarheim, capable de créer l'un des bracelets de voeux de sa spécialité tout comme des pièges mortels pour la chasse ou la pêche. C'est inné. C'est son don.

J'aurais aimé avoir un don. Certes, j'allume des feux, mais franchement, c'est bien moins intéressant. Lui, il peut survivre à n'importe quelle situation, autant en séduisant les jeunes filles quand rapportant de quoi sur la table. Mon père m'a déjà enseigné comment se servir de son tomahawk dont il se sert à la chasse, mais je doute fortement avoir l'occasion de m'en servir un beau jour.

Aloysius insère sa clef dans la serrure. Il entre en premier, et j'hésite un instant avant de le suivre, préférant le grand air a l'espace confiné d'une boutique. Je finis par rester sur le seuil, attendant son retour et profitant de la température parfaite. Juste assez fraîche, avec un doux vent tiède qui souffle de temps à autre.

- On est pas chez Maman, Chase?

Cette voix nonchalante, mielleuse, je la reconnaîtrais entre mille. La teinte sans cesse narquoise et moqueuse de n'importe quels mots employés me fait rouler les yeux. D'ailleurs, je déteste sa manie de m'appeler par mon nom de famille, alors que mon prénom est des moins difficiles de tout le Saint-Empire. Sage*. Ce n'est pas bien compliqué. En fait, je mon nom complet est Sagitta, mais rares sont les personnes qui l'utilisent, et puis ça sonne un peu vieillot. Je soupire alors que je me tourne de façon lourde vers mon interlocuteur.

- Bah oui Anderson, répondis-je. Visiblement on vit dans la rue, juste en face de la boutique de mon cousin et devant la tienne. D'ailleurs, tu me rappelles qu'il faut que je passe le balais, c'est que les gens ont de la difficulté à se retenir de jeter leurs trucs dans ma chambre, tu vois.

Nos airs tendus se relâchent subitement, et nous éclatons de rire. Dolce-Rocksane Anderson est loin d'être mon ennemie. Nous aimons juste nous taquiner et jouer les adversaires, alors qu'en réalité, nous sommes celles qui font les quatre-cent coups au village. Née dans le Mayland, elle en garde le teint doré et les courts cheveux blonds de sa terre natale, le tout souligné par ses élégants yeux de bronze. Cependant, elle a rapidement adopté l'air fier et fort des plus pauvres de Saint-Ever, et elle s'est probablement battue -tout en gagnant- plus de fois que la totalité des habitants réunis. Elle reste malgré tout une jeune femme séduisante qui a traîné plus d'un homme et plus d'une femme dans son lit, que j'envie secrètement pour tous les atouts qu'elle a.

- Les affaires vont bien? demandé-je.

- Tu connais la chanson, répond-t-elle tout en se sortant une cigarette. Les vieux pêcheurs qui me reluquent le décolleté, les petites garces qui viennent me faire de l'attitude, des abrutis qui viennent me négocier mes prix déjà trop bas... Dis t'aurais pas du feu?

- Dans mon foyer.

- J'aurais dû m'en douter, soupire-t-elle. Je dois bien en avoir quelque part...

La blonde se met à fouiller dans ses poches ainsi que dans d'autres cachettes insoupçonnées à la recherche du précieux briquet. C'est à ce moment qu'Aloysius décide de revenir. Il lance à Dolce un regard des plus froids existants en ce monde, et je ne peux m'empêcher de frissonner, trouvant la température bien basse tout à coup. Il n'a jamais apprécié mon amie. Il la trouve insipide, aguicheuse. Après tout, il est vrai qu'elle aspire un jour rejoindre l'Inquisition, chose plutôt mal vue lorsque c'est accompli de son plein gré, mais elle n'est pas pour autant méchante. Certes, elle a autant de tact qu'un bûcheron au palais de la porcelaine, mais ça s'arrête là. Elle était d'abord l'amie de mon frère, mais lorsque celui-ci a commencé à se refermer sur lui-même, nous nous sommes rapprochées naturellement, vibrant de la même corde. Le malaise plane encore un instant, semant une tension dont je me serais bien passée.

- Tu veux ma photo, minus? lâche Dolce, brisant le gel si inconfortable.

Sa réplique est plutôt drôle, étant donné qu'Aloysius la dépasse et qu'il est son aîné d'un an, mais elle porte mouche. Mon cousin, étranger aux affrontements et prônant le pacifisme, baisse les yeux et marmonne quelque chose d'incompréhensible avant de partir et de me traîner à sa suite. J'adresse un au revoir silencieux à mon amie peu fréquentable -je suis plutôt connue pour avoir de mauvaises influences- et grommelle tout bas:

- Tu sais, elle n'allait pas te mordre, hein.

- Mais toi, soupire-t-il, qu'est-ce que tu fous avec cette putain?

- Fille de joie.

- C'est la même chose.

- Je sais.

- Réponds à ma question.

Je soupire, trouvant sa question terriblement agaçante. Il me semble qu'à mon âge, je suis assez grande pour décider avec qui je traîne, non? Il n'a pas à me materner, après tout. C'est mon cousin, pas mon père; et puis j'ai pris sa qualification de pute plutôt déplacée. C'est mon amie après tout. Je ne fais que lâcher, acide:

- Je trouve en elle un peu de la force dont j'ai besoin pour t'en donner à toi.

Mon but n'était pas de raviver d'anciennes cicatrices, et pourtant je vois que je suis allée un peu trop loin. Aloysius se met à fixer le sol, et son regard s'embue subitement. Je me sens si stupide. Comment ai-je osé lui dire du tac au tac qu'il était faible et moi forte à cause de son épreuve? Lui rappeler également les années de tourment par les autres jeunes à cause justement de cette histoire?

- Désolée, je... je ne voulais pas.

- Ça va.

Il renifle, s'essuie les yeux et continue son avancée, silencieux. Je suis trop idiote. Je me mords la lèvre de culpabilité, et me contente de le suivre en me faisant toute petite, ce qui n'est pas particulièrement ardu. Je contemple en chemin mes mains blanches comme la neige, d'où on peut facilement discerner les veines bleutées. J'ai l'air d'une morte. J'ai toujours eu l'air d'une morte. Même en plein été, alors que je passe ma vie à l'extérieur, je ne prends pas une couleur. Peut-être est-ce dû à mes insomnies, tout comme mes cernes monumentaux qui renforcent mon déguisement de cadavre. Seules mes lèvres d'une légère teinte rosée indiquent un signe de vie. Je continue à toiser ces mains, celles qui grattent la guitare, celles qui tiennent la hache lorsqu'il faut corder le bois. Et celles de la fille qui vient d'attaquer son cousin pour aucune raison.

- Allez, proposé-je. Je te raccompagne.

- Pas besoin...

- J'y tiens.


J'ai besoin de compenser la mauvaise action que je viens de faire. Je lui souris gentiment, et il y répond de façon pâle et indécise. Je lui tends ma main, qu'il finit par accepter, et nous nous dirigeons vers sa maison. Nous marchons légèrement, gardant un silence religieux et nous contentant d'observer la vie à Saint-Ever disparaître peu à peu. Soudain, je suis prise d'un stress qui me tord l'estomac. Mon cousin doit sentir un spasme de ma main car il m'adresse un regard interrogateur. Je prends une grande respiration avant d'articuler:

- La lettre.

Je vois ses couleurs disparaître complètement malgré la luminosité presque inexistante. Nous fixons tous les deux un point vague dans le décor, pris d'une nervosité flagrante. Il tremble. J'exerce une pression réconfortante sur sa grande et fine main de tisseur, tentant de lui insuffler un minimum de courage. Notre petit accroc de tout à l'heure n'existe déjà plus; nous ne sommes concentrés que sur ça. Sur la lettre.

Nous sommes sur le porche du manoir des de Beauregard bien plus vite que je ne l'aurais cru. J'ai l'impression d'avoir été presque téléportée, et j'ai beau faire un effort, je n'ai aucun souvenir du trajet jusqu'à la Haute-Ville. Nous nous tenons tous les deux, droits comme des piquets, autour de la boîte aux lettres comme si c'était une bombe nucléaire à désactiver. Aloysius approche très lentement des mains tremblotantes du contenant, et, par des gestes précautionneux, en retire l'enveloppe.

- Ou-ouvre-la, articulé-je d'une voix chancelante.

Mon coeur bat si vite qu'il pourrait rivaliser avec du maïs éclaté. Mon cousin ouvre avec une attention démesurée le bout de papier tant redouté. Je déglutis avec difficulté. Ses doigts sortent les papiers formels frappés du sceau de l'Inquisition, une croix cousine du modèle templier, alors que ses yeux de pluie parcourent rapidement les lignes. Face à lui, je ne peux voir le texte, ainsi suis-je donc obligée à rester là, à retenir ma respiration. Il lâche un soupire de soulagement:

- Ce n'est que l'invitation. Pas de conscription en vue.

- Aloysius, il y a une seconde feuille.

Je viens tout juste de la remarquer, et je sais déjà que quelque chose va mal. Habituellement, il n'y a que l'invitation formelle à rejoindre l'ordre et la publicité qui va avec. Il n'y a pas de second document. Jamais. Je sens une boule se former dans ma gorge. Je vois le mur au loin, incapable d'arrêter le temps avant de m'y frapper dans un fatalisme inévitable.

Mon cousin commence à perdre son sang-froid alors qu'il découvre la feuille additionnelle, brochée à la principale. Il semble transpirer, son teint devient soudainement blême. Ses yeux se mouille un instant, abîmés par une souffrance nouvelle que je ressens jusqu'ici. Oh non... La sentence est tombée.


- Aloysius... m'étranglé-je.

Je le serre subitement dans mes bras. Nous n'avons jamais été très proches physiquement, et sentir sa chaleur contre moi est une expérience bizarre. Je peux sentir l'odeur de la peur, du désespoir; un mélange d'eau salée et de sueur, produit sybillin d'une décharge d'émotions trop intenses. Malgré tout, je m'y tient comme si j'avais peur qu'il s'en aille, qu'il disparaisse dès maintenant et qu'il soit déjà loin de moi. Je ne veux pas qu'il parte. Oh pitié, ne m'enlevez pas mon cousin, mon meilleur ami... Je crois que je pleure. Moi qui me suis toujours comportée comme une muraille, protégée d'une armure d'insensibilité indestructible vient d'atteindre sa limite. On a touché mon point faible. Quelques larmes roulent le long de mes joues avant de s'écraser contre l'épaule brûlante d'Aloysius.

- Je viens avec toi.

Je me retire de son étreinte, le toise droit dans les yeux. Je suis décidée. Il n'est pas question que l'on m'enlève mon cousin comme ça, surtout pas après tous mes efforts pour le garder près de moi. Il ne l'auront pas. Ils ne l'auront jamais, jamais. S'il le faut, j'irai en plein coeur d'Olympia et les massacrerai jusqu'au dernier.

- Sage, tu...

- Non, ta gueule. Aloysius, tu sais très bien que je ne te laisserai pas partir. Je ne laisserai personne te faire du mal, compris? Je me suis déjà battue. Je peux le refaire.

C'est vrai. Mon cousin s'est fait tourmenter tout le long de son parcours scolaire à cause de son aspect chétif et plus faible que la majorité des garçons de Nottarheim. Je vous laisse vous imaginer pourquoi personne ne lui a plus jamais fait de tort. Disons que je mords plutôt fort lorsque provoquée.

- Attends moi ici, je déclare. J'irai souper chez ma famille, et je leur expliquerai notre départ. Je reviens te chercher à vingt-et-une heure.

Je me retourne prestement, et m'élance dans les ruelles sombres de Saint-Ever, prête à affronter ma famille et fuyant un Aloysius bouche bée, paralysé par mon coup de tête sur le perron. Alors que je traverse la ville qui se prépare peu à peu au dernier repas de la journée, alors que je dessine le trajet vers ma maison depuis une énième fois depuis ma naissance, il n'y a qu'une seule pensée qui danse dans ma tête. Elle tourne, tourne, tourne sans arrêt, infinie. Je rejoindrai l'Inquisition.
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CENDRECOEUR ❆ bring light back home

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