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Elle

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Nérina
Féminin Messages : 27
MessageSujet: Elle Jeu 7 Fév - 14:08

Ceci est plus une novelette, voir une histoire courte qu'une nouvelle, mais enfin, voilà ce que j'ai écrit il y a peu de temps. Préparez vous à frissonner, car avec moi, les histoires ne finissent pas toujours bien...


Recroquevillée, tremblante, ma respiration se fait de plus en plus imperceptible. La peur qui m’envahit m’empêche de bouger, je n’ose plus risquer un oeil par dessus le rocher qui me dissimule. Elle arrive. J’entends ses pas, ils font craquer les feuilles des arbres dépouillés. Je sens son souffle qui se rapproche, le souffle de la faim. Je ferme les yeux, en priant pour qu’un miracle survienne. Malheureusement pour moi, les miracles, ça n’existe pas. Son ombre est là, tout près de moi. Sa forme se dessine sur le sol humide, sévère et sauvage. Elle m’a trouvée.

Quelques mois plus tôt...
«Ne rentres pas trop tard» me dit ma mère. Je sors en hâte de notre petite maison de pierres, et me dirige vers le centre du village. Sur mon chemin, je croise Agnès, ma meilleure amie. Nous avons toutes deux dix-neuf ans.
«Jeanne !» me crie-t-elle.
Apparemment, elle a de mauvaises nouvelles...
«Jeanne» répète-elle, haletante. «C’est Antoine. Il... il...».
Elle s’arrête, les larmes lui montent aux yeux. Antoine, c’est son frère cadet. Elle s’effondre sur moi, en pleurs, et je parviens à percevoir, entre deux sanglots, un mot. Un seul. «Mort». Je me mords la lèvre pour ne pas pleurer. Mais comment est-ce possible ? Antoine était un garçon robuste, âgé d’à peine 17 ans. Comment est-il mort ?
Je pose la question à mon amie. Elle se redresse, sèche ses larmes et me regarde. Elle sanglote toujours, tremble, hésite.
«Quelque chose... l’a attaqué.»
Je ne comprends pas. Agnès est sur le point de recommencer à pleurer, je préfère ne pas insister. Le village est en deuil. L’atmosphère est lugubre, plus personne ne se presse dans les rues, l’air se refroidit. Nous sommes pourtant en plein jour d’été, et même si l’automne est proche, le ciel est encore clair. Hurlement. Je tourne vivement la tête, c’est la femme du pasteur qui arrive en criant, elle semble effrayée, comme poursuivie par quelque chose. Elle passe devant nous sans même nous accorder un regard, et s’engouffre dans la maison du maire.
«Il a encore frappé, j’entends. Mon mari, à l’orée du bois...».
La suite est imperceptible, étouffée par les pleurs de la jeune femme. Le pasteur serait-il... mort ? Qui est ce «il» ? Est-ce le même qui a tué Antoine ? Non. Agnès m’a bien dit «quelque chose», je n’ai pas rêvé. La peur m’envahie soudain, l’envie de prendre mes jambes à mon cou est de plus en plus forte. Cependant, je reste stoïque aux côtés d’Agnès. Au loin, nous entendons un autre hurlement. Mais celui-là n’est pas humain.
«Agnès. Qu’est-ce que c’est ?»
Je suis de plus en plus inquiète. Elle ne répond pas, se contentant de me regarder dans les yeux avec peur.
«Agnès, dis moi ce qu’il se passe.»
Un autre hurlement se fait entendre. Mon pouls s’accélère.
«Jeanne !!»
C’est ma mère cette fois. Elle aussi est terrorisée, je vois Agnès partir en courant et se réfugier dans sa maison. Je rejoins ma mère, le pas pressé. Je la suis à l’intérieur et l’observe fermer la porte à clé. Jamais on ne ferme la porte à clé. C’est un village sûr.
«Maman, que se passe-t-il ?»
Elle me fixe, et fini par me répondre, anxieuse.
«Tu te souviens de l’histoire du Gévaudan ? La bête qui dévora une centaine de personnes en trois ans, dans le sud de la France. J’acquiesce. Je ne sais pas comment c’est possible. Elle est là, dans la forêt.»
J’avale ma salive avec difficulté. Je n’y ai jamais cru. J’ai toujours pensé que c’était un conte destiné à faire peur aux enfant, pour qu’ils soient sages. Et voilà que cette «chose» qui a attaqué Antoine, certainement tué le pasteur, et hurle à l’heure présente dans les bois... C’est elle. C’est la bête du Gévaudan.


En quelques heures à peine, le village a claqué ses portes et fermé ses volets. Il n’y a plus un bruit dehors, les habitants se sont tous réfugiés chez eux, pris par la peur. De temps à autre, un hurlement de loup se fait entendre. C’est une nuit glaciale, noire comme le charbon, aussi terrifiante que la bête elle-même. Ma mère et moi avons déplacé nos lits dans la même chambre, côte à côte, elle a l’air au moins aussi terrifiée que moi. Après avoir allumé un feu de cheminée, elle s’assoit à mes côtés sur un vieux fauteuil qui appartenait à ma grand-mère, et elle raconte. Elle raconte sa jeunesse, ses plus beaux souvenirs, ma naissance, tout ce qui peut nous permettre d’oublier la terreur dans laquelle tout le village est plongé. Nous nous raccrochons à chaque détail susceptible de nous faire sourire, en vain. Vers le milieu de la nuit, je suis réveillée par un horrible bruit. Quelqu’un gratte à la porte. Quelqu’un, ou quelque chose... Je me lève sans faire de bruit, et m’approche doucement. Le bruit sourd de ses griffes résonnent encore, puis je l’entend s’éloigner. Les grognements s’effacent. Pourvu qu’elle ne parvienne à entrer chez aucun des habitants. L’envie d’ouvrir les volets afin de l’observer est forte, mais la peur m’oblige à retourner me coucher. Je ne dors pas de la nuit, je guette les va et viens de la bête. Au matin, elle semble être partie, je peux enfin souffler. Mais elle reviendra. Elle reviendra toujours. Dès le matin, le maire convoque tous les hommes valides du village. C’est la première battue. Ils reviennent peu avant midi, eux n’ont rien eu... mais la bête a pris la vie de deux hommes. Après manger, le maire hésite à les renvoyer dans la forêt. Il y a peu de chance pour qu’ils tuent le monstre. En revanche, lui va sûrement les attaquer de nouveau. Finalement, il décide que seuls les volontaires y retournerons. Ce sont donc douze hommes forts et courageux qui se dirigent vers les bois, munis des quelques armes à feu qu’ils ont pu trouver pour certains, mais de simples outils pour beaucoup.

L’après-midi est plutôt calme, mais l’atmosphère est tendue. Les femmes dont les fils ou les maris sont partis pleurent, priant pour les voir revenir. Durant plusieurs heures, j’aide ma mère pour la lessive, le ménage, la cuisine... Nous allons de maison en maison pour tenter de rassurer les femmes, ma mère est médecin, mais considérée par tous comme une personne de confiance, un peu comme une doyenne, mais beaucoup plus jeune. Dès que la nuit commence à tomber, elle m’entraine à l’intérieur de la maison, referme la porte et les volets. Il fait encore bien jour, mais nous savons parfaitement que la bête peut être là n’importe quand. Nous entendons les hommes rentrer, une femme crier, et des portes qui se claquent, les unes après les autres. Elle a encore tué.

La nuit est encore plus effrayante que la précédente. La bête gratte plus fort aux portes, elle hurle. Peu de gens dorment j’imagine. Comment dormir de toute façon ? Avec cette... chose,là, dehors. Quelques heures avant le lever du soleil, un bruit terrifiant se fait entendre. Une porte. Une porte que l’on a éventré. Je tremble, un frisson me parcourt lorsque j’entends des hurlements. Et puis, plus rien. La bête détale dans la forêt, mais elle n’est pas seule... Quand le jour se lève, une trainée de sang marque le chemin qu’elle a pris. Des pleurs se font entendre, il s’agit d’une petite fille rousse, d’à peine 12 ans. Ce sont ses parents qui ont été tués. La mère gît au milieu du salon, à moitié dévorée, allongée dans une mare de sang. Le père, lui, a du se débattre. Un peu partout, il y a des traces du combat de cette nuit. La bête a ensuite dû le trainer jusqu’à sa cachette. La petite fille, elle, était la seule de la maison à dormir au grenier. Il y avait entre elle et le salon un étage, et trois portes, toutes fermées à clé de l’intérieur. Ce n’est qu’au matin qu’elle a découvert sa mère. Mais c’est ma mère à moi qui entraîne la petite rouquine chez nous, l’éloignant ainsi du spectacle sanglant qui s’offrait à elle. Je les suis, et doit, sur l’ordre de ma mère, m’occuper de l’enfant pendant qu’elle retourne sur les lieux, en tant que médecin, et amie de la défunte.

J’assoie donc Lucie à la table de la cuisine, et lui prépare un chocolat chaud. Elle renifle toujours, les yeux perdus dans le vide, marquée à jamais par ce qu’elle vient de voir. Je l’écoute en silence, me contentant de lui tenir la main. Soudain, je pense à Agnès. Où est-elle ? Et surtout, est-ce qu’elle va bien ? Un mauvais pressentiment m’envahit. Dès que ma mère revient, je lui laisse la garde de Lucie, et cours vers la maison de mon amie. C’est sa mère qui me reçoit, son visage semble avoir vieilli de plusieurs années. Les traits tirés, affaiblie par le chagrin, elle m’annonce la mort de son mari. Agnès arrive ensuite, elle semble tout aussi mal en point, et doit s’appuyer sur moi pour ne pas s’effondrer lorsqu’elle m’emmène dans sa chambre. Et puis, je comprends. Son père faisait partie des volontaires, il n’est jamais revenu. Je passe l’après midi chez mon amie, tentant vainement de la réconforter. Avant de partir, je remarque le couteau qu’elle porte à la ceinture.
«Je vengerais mon père. Quoi qu’il m’en coûte.»
Sa remarque me fait peur, je refuse qu’elle aille dans la forêt. Elle me confie que sa mère dépérit de jour en jour, et que seul la mort de la bête pourra lui faire retrouver le sourire. Je me retiens de crier.
«Et si toi tu ne revenais pas ? Et si tu te faisais tuer ?»
«Alors, je rejoindrais mon père.»
Impossible de la raisonner. Agnès est comme ça, c’est une battante. Quand elle a une idée en tête, on ne peut l’empêcher de faire ce qu’elle souhaite.
«Je t’accompagne. Quand pars-tu ?»
Agnès me sourit. Je crois que cela la rassure de ne pas être seule.
«Demain, à la première heure. Ne sois pas en retard !»
Puis, elle me raccompagne jusqu’à sa porte. La nuit va tomber, je dois rentrer chez moi au plus vite.
Après une nuit passée à préparer mon sac, à chercher des armes de fortune, de quoi manger et boire, ainsi que divers objets utiles, me voilà prête. Je sens que je vais regretter d’être partie. Mais je dois le faire, pour Lucie, pour Agnès, pour ma mère. Pour le village entier. Je pars donc dès que les premiers rayons de soleil apparaissent, sans prévenir ma mère ou qui que ce soit d’autre. J’ignore les pleurs des habitants découvrant un nouveau cadavre, et file chez ma meilleure amie, sac au dos, le coeur battant. Elle est prête depuis un bon moment déjà, et nous partons ensemble sans nous retourner. Je la sens tremblante, mais le courage masque sa peur. Après quelques minutes de marche, nous arrivons à la lisière de la forêt.
«Tu es complètement folle.» Je lui dis.
«Tu m’as suivie pourtant...»
J’acquiesce. Je ne pouvais pas la laisser y aller seule. Nous pénétrons main dans la main dans les bois, et la lumière disparait peu à peu. Seuls quelques rayons de soleil parviennent à transpercer l’épais feuillage des arbres. Nous faisons le moins de bruit possible, retenant notre souffle à chaque son suspect. Ni elle ni moi ne savons où chercher. Nous avons beau voir décidé de ne pas nous éloigner l’une de l’autre, elle décide de partir de son côté afin que je puisse rentrer au village. Elle a bien sentie à quel point je suis effrayée, mais elle n’a pas compris que je ne souhaite absolument pas rentrer sans elle. Je tente de l’empêcher de partir, mais elle insiste, et s’en va. Pétrifiée par la peur, ou par le chagrin, je la regarde s’éloigner. La courageuse Agnès. Après un petit moment à être restée là, je m’élance à sa suite. Mais au bout de plusieurs minutes, je m’aperçois que je ne sais ni où elle est, ni où est le village. Je continue de courir, de plus en plus terrifiée, lorsque j’entends un cri. Son cri. La bête gronde, elle est tout près de moi. Je comprends alors que je ne verrais plus jamais Agnès. Les larmes roulent sur mes joues, et je tombe sur le sol humide. Le grognement de la bête s’approche, je parviens à me trainer derrière un gros rocher. Je jette un coup d’oeil par dessus, elle est là. Juste sous mes yeux. Je retiens un cri de terreur, elle est immonde. Grande, ressemblant vaguement à un loup, les yeux rouges, et le poil noir recouvert de sang frais... Ses crocs doivent faire plusieurs dizaines de centimètres, et ses griffes sont au moins aussi longues. Je m’affale sur le sol.

Recroquevillée, tremblante, ma respiration se fait de plus en plus imperceptible. La peur qui m’envahit m’empêche de bouger, je n’ose plus risquer un oeil par dessus le rocher qui me dissimule. Elle arrive. J’entends ses pas, ils font craquer les feuilles des arbres dépouillés. Je sens son souffle qui se rapproche, le souffle de la faim. Je ferme les yeux, en priant pour qu’un miracle survienne. Malheureusement pour moi, les miracles, ça n’existe pas. Son ombre est là, tout près de moi. Sa forme se dessine sur le sol humide, sévère et sauvage. Elle m’a trouvée.

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Ink-Smile
Féminin Messages : 44
Localisation : Midi-Pyrénées :D
MessageSujet: Re: Elle Sam 9 Fév - 12:18

:suppliant: J'adore et j'adhère !

J'avoue qu'au départ j'ai trouvé l'écriture au présent très bizarre, je suis habituellement pas fana', mais je dois admettre que tu la manies vraiment bien. Tu as un très bon style d'écriture qui pousse à retenir son souffle jusqu'à la fin, tu sais transmettre les émotions et on sent que ton texte monte en degré d'angoisse à chaque fois, ça devient de plus en plus captivant jusqu'à la fin.

Hâte de voir tes autres textes, ça promet ! Razz
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Nérina
Féminin Messages : 27
MessageSujet: Re: Elle Sam 9 Fév - 20:08

Ink oooh merci :suppliant: C'est exactement ce que je souhaite transmettre ! Ouhhhhh merci, ça me fait très plaisir ! Et je n'ai pourtant pas l'habitude d'écrire des choses aussi noires et tristes, mais au final, c'est l'histoire que finie par me guider, je sais où je vais, mais les étapes pour y arriver viennent petit à petit, au fur et à mesure que j'écris. Enfin bref, merci !
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MessageSujet: Re: Elle

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